Accueil / Espace presse / Interviews & Tribunes libres / Les protéagineux ont de l'avenir - Pierre Cuypers, Président de l’Unip
 
Espace presse

Les protéagineux ont de l'avenir - Pierre Cuypers, Président de l’Unip

10 octobre 2007

Les protéagineux ont de l'avenir - Pierre Cuypers, Président de l’Unip


Comment expliquer vous que les surfaces en protéagineux en France ont été divisées par trois en 15 ans ?

Je crois qu’il faut distinguer deux périodes dans l’analyse : dans les années 80 et au début des années 90, on a fortement incité les protéagineux dans la réglementation communautaire, ce qui les a amené à un point haut en 1993 autour de 750 000 hectares. Ils ont alors été en quelque sorte victimes de leur succès car ils ont parfois été produits de façon trop intensive dans certaines régions, ce qui a favorisé les maladies.


Depuis la fin des années 90, les causes du déclin des protéagineux sont multiples. Ils ont tout d’abord été victimes d’une mauvaise série climatique, avec des coups de chaud du mois de juin qui ont été défavorables au rendement. Il y a eu les modifications réglementaires de la Pac qui ont amené les agriculteurs à simplifier leurs systèmes, puisque le découplage des aides accentue la tendance à la monoculture. Il n’y a d’ailleurs pas que les protéagineux qui ont pâti de cela, toutes les cultures de diversification en ont souffert. Si enfin, vous ajoutez à ces deux causes l’amplification psychologique des rendements décevants de ces dernières années, vous comprenez pourquoi les surfaces en protéagineux n’ont cessé de baisser.

Les agriculteurs disent aussi que la recherche n'a pas permis d'avoir des variétés adaptées...


Je ne peux pas laisser dire cela : beaucoup d’agriculteurs parlent des variétés de pois qu’ils ont connu il y a dix ans et ils évoquent des problèmes qui ont été résolus depuis. Sur les problèmes liés à aphanomyces, par exemple, les progrès génétiques sont lents, mais réels. Et puis il y a aussi le bon sens agronomique qui consiste à éviter les parcelles à problème. Quant aux difficultés de récolte que l’on pouvait connaître autrefois, elle ont été en grande partie résolues par la recherche variétale : il n’y a plus les problèmes de verse ou de ramassage de cailloux que l’on pouvait avoir. Tous les agriculteurs qui font sérieusement du pois aujourd’hui vous le diront. Enfin, nous travaillons aussi beaucoup sur la précocité pour échapper au coup de chaud de juin. Le pois d'hiver offre déjà des réponses dans certaines régions et les progrès sont continus. Mais il est vrai que nous sommes sur des horizons de moyen et long terme.


Quoiqu’il en soit, ce n’est pas parce qu’on a eu quelques mauvaises années qui se sont suivies que l’on va tout abandonner au niveau de la recherche. De 2001 à 2005, les pouvoirs publics, l’interprofession et la recherche privée ont dépensé ensemble, dans le cadre d’un plan de relance, près de 9 millions d’euros pour la recherche variétale, suivis de près de 2 millions d’euros sur la période 2006-2008, et nous espérons bien ne pas nous arrêter là !

Mais finalement, pourquoi faire tous ces efforts financiers et toute cette promotion en faveur des protéagineux ?

Comme je vous l’ai dit, la diminution de la sole en protéagineux est en partie un « dommage collatéral » de l’évolution de la Pac qui pousse les agriculteurs vers la monoculture. Le constat que l’on fait, qui est partagé par l'ensemble des acteurs économiques représentés au sein de l'interprofession et aussi par les Pouvoirs publics, c’est que que cette tendance est totalement suicidaire, tant du point de vue économique, qu’agronomique et environnemental ! Si sur une année, on a l’impression qu’on gagne de l’argent en pratiquant la monoculture, l’analyse précise des chiffres montre qu’à l’échelle d’une rotation, inclure du pois est beaucoup plus rentable. Les protéagineux ont l’intérêt de ne pas nécessiter d’azote – et au prix où il est, ce n’est pas négligeable ! – et de rompre le cycle des maladies. Ils ont donc un intérêt tout particulier avant un blé ou un colza et si on veut cultiver plus d’oléagineux par exemple, il faudra faire revenir plus souvent du pois dans la rotation.


Nous avons donc la certitude objective que les protéagineux ne disparaîtront pas. Ce n’est pas parce que nous sommes dans une mauvaise période conjoncturelle qu’il faut démolir les outils en place, les contractualisations, les débouchés, les silos dédiés… Il faudrait en effet une énergie considérable pour remonter la filière si elle venait à disparaître ! Or, je suis persuadé qu’à court terme, c'est-à-dire dans les deux à trois ans, la machine va naturellement se remettre en route. Notre objectif est de sauvegarder l’essentiel d’ici là.

La France n'a-t-elle pas aussi un intérêt stratégique à favoriser ces cultures ?

L’intérêt de la France et de l’Europe, c’est d’améliorer l’approvisionnement en protéines végétales et sur ce sujet, la marge de manœuvre est importante : près de 75 % des besoins de l’Union européenne des 27 sont importés !!! Dire que l’on pourrait remplacer, au moins en partie, du soja importé par des protéines végétales produites localement, c’est se donner un débouché quasi illimité ! Notre seule contrainte est de le faire aux conditions du marché, et c’est tout à fait possible. Le problème est de constituer un volume d’offre suffisant en donnant un signal psychologique fort aux agriculteurs pour qu’ils reviennent vers ces cultures.

Dans le cadre de la révision de la Pac, que comptez-vous demander en faveur de ces cultures ?

Au niveau communautaire, il faut poser le problème des cultures de diversification et le régler dans son ensemble. La vraie question est « est-ce que la tendance à la monoculture que l’on favorise par les réformes est bien compatible avec l’agriculture durable que l’on prône par ailleurs ? » La réponse est non, mais nous ne devons évidemment pas nous focaliser sur la seule production de protéagineux, c’est dans un cadre global qu’il faut raisonner.

En définitive, vous êtes assez confiant pour l’avenir ?

Oui. D’autant plus qu’en terme de prix, le cours du pois est entraîné dans le sillage du blé et au-delà, puisque il y a toujours un différentiel en sa faveur. Quant à la féverole, elle atteint cette année des sommets. Les conditions très attractives des marchés devraient inciter les agriculteurs à s'intéresser de plus près à ces cultures. De notre côté, nous devons nous battre pour faire de la pédagogie sur le terrain, en incitant les producteurs à raisonner à partir des paramètres du présent plutôt que de ceux du passé.

 

 
 
© Prolea 2009 - Tous droits réservés | Contact | Mentions légales | Crédits