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Flambée des prix des produits agricoles par Philippe Tillous-Borde

24 avril 2008

Flambée des prix des produits agricoles par Philippe Tillous-Borde

Les biocarburants, un coupable idéal

L‘envolée des prix des céréales qui ont provoqué des émeutes dans plusieurs pays ont mis les biocarburants au banc des accusés. Or la véritable solution consiste d’abord à relever le défi du développement agricole dans les pays pauvres.

 

A l’heure où des crises alimentaires liées à l’augmentation du prix des matières premières sont observées à travers la planète, il est regrettable d’accuser l’agriculture qui a diversifié ses débouchés, et d’afficher les biocarburants, toutes filières et toutes origines confondues, comme bouc émissaire du manque de matière première agricole. On ne répètera jamais assez que les facteurs ayant conduit à cette situation sont multiples et de nature très diverse : le réchauffement climatique, la baisse des stocks alimentaires, de mauvaises récoltes mondiales ces dernières années, l’évolution du changement de vie en Asie qui conduit la Chine à importer des céréales plutôt qu’en exporter, et la spéculation financière sur le marché des matières premières agricoles renforcée depuis la crise des subprimes.


Dans ce contexte, les biocarburants montés en épingle n’ont qu’un rôle très limité, tout particulièrement en Europe, là où le développement est maîtrisé et bien encadré. Lorsqu’il s’agit de bouches à nourrir, l’urgence n’est pas de trouver le ou les coupables, au risque de prendre des décisions précipitées. L’urgence est bien de trouver immédiatement des solutions pour nourrir les populations des pays en difficulté, puis prendre les mesures nécessaires qui éviteront qu’un tel scénario se reproduise.

Dans un premier temps, il est donc important que la France et l’Europe engagent des fonds dans le Programme alimentaire mondial des Nations unies et soutiennent les organisations actives dans ce domaine. La priorité doit être donnée également à l’accès des paysans aux semences, aux intrants et aux conseils agronomiques pour les aider à produire davantage et mieux. Les prix actuels peuvent paradoxalement être une opportunité pour que ces pays relancent une agriculture compétitive et économiquement viable.

Sur le moyen terme, c’est dans la coopération France-Afrique, notamment dans l’investissement en Afrique, que se trouvent des réponses.


Les acteurs de ce développement seront les paysans pauvres, soit près de 2,5 milliards d’hommes et de femmes selon la FAO. Sur le moyen terme, c’est dans la coopération France-Afrique, notamment dans l’investissement en Afrique, que se trouvent des réponses. 500 millions d’hectares sont cultivables en zones semi-pluviales en Afrique, mais les outils de production nécessitent une consolidation structurelle. La filière française des huiles et protéines végétales y apporte déjà son expertise. Ce modèle a permis de renforcer la compétitivité en France de la filière oléagineuse et de faire en sorte que les agriculteurs et leurs organismes agricoles prennent une part active dans l’outil de transformation. C’est un modèle qui pourrait inspirer les responsables.

Au-delà de ce qui permettra de produire davantage, n’oublions pas de produire encore mieux.


Il faut également continuer à encourager les énergies renouvelables pour limiter le réchauffement climatique tout en préservant la capacité de production agricole pour répondre aux besoins alimentaires. Cela est d’ores et déjà le cas avec les biocarburants de première génération à travers la filière biodiesel française. En effet, la production de chaque litre de biodiesel apporte conjointement 1,5 kilo d’aliments pour la production de viande et de lait. Ce sont près de 3,5 millions de tonnes d’aliments qui seront ainsi fournis grâce à ce débouché, et c’est autant de tourteaux de soja qui ne seront plus importés mais resteront disponibles sur le marché mondial.
Par ailleurs, les procédés de biocarburants de deuxième génération, lorsqu’ils seront mis au point d’ici 2015, permettront à partir de matières cellulosiques de produire du gazole de synthèse tout en maintenant l’ensemble des terres agricoles en production. Au-delà de ce qui permettra de produire davantage, n’oublions pas de produire encore mieux. Aux querelles d’experts sur les bilans des biocarburants, je réponds par le progrès technique.

Concrètement, le bilan énergétique de la filière Diester a progressé de 25 % entre 2002 et 2007. Aujourd’hui, avec un litre de pétrole, nous produisons 3,5 litres de biodiesel et nous réduisons de 50 à 75 % les émissions de gaz à effet de serre selon les méthodes de calculs. D’ici à 2010, nous comptons encore progresser. Cela se fera grâce à notre « démarche de progrès » qui vise, en se dotant d’indicateurs de performance, à améliorer les pratiques culturales, à réduire la consommation d’énergie dans les usines, à limiter encore l’impact de nos productions sur l’environnement, et à favoriser la biodiversité dans les campagnes.

 

La peur du progrès n’apporte pas de réponse aux moyens de nourrir 9 milliards d’individus en 2050. Relevons ce défi de construire au niveau mondial une agriculture qui assure les besoins alimentaires en offrant des revenus aux producteurs de la planète, notamment en investissant massivement au niveau local et en diversifiant les productions. Ces revenus sont la condition nécessaire pour assurer le développement agricole dans les pays aujourd’hui en situation alimentaire difficile. Il sera alors possible de parler d’éveil des consciences à l’environnement.

 

Contact presse : Fabien Kay

Email : f.kay@prolea.com
Tél : 01 40 69 49 58


Philippe Tillous-Borde, Directeur Général de Sofiprotéol

 
 
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